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Alors que la crise du coronavirus menace, des Israéliens lancent une campagne de solidarité avec Gaza

Tandis que le COVID-19 arrive à Gaza, des Israéliens lancent une campagne de collecte de fonds et appellent leur gouvernement à prendre ses responsabilités face à la crise dans la bande de Gaza

Yaara Benger Alaluf, Hadas Pe’ery, Adi Golan Bikhnafo et Guy Shalev 2 avril 2020

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Travailleurs palestiniens de la santé faisant de la désinfection par mesure de précaution contre le nouveau coronavirus, à Rafah, au sud de la bande de Gaza, 22 mars 2020. (Abed Rahim Khatib/Flash90)

Le nouveau coronavirus a atteint Gaza et imaginer le résultat possible d’une diffusion massive du COVID-19 dans la bande de Gaza assiégée est terrifiant. C’est vrai, non seulement à cause de la puissance mortelle du virus en l’absence de vaccin, mais aussi à cause des conditions particulières qui sont celles de Gaza. L’enclave a une densité de population extrêmement élevée et une infrastructure délabrée qui est le résultat des attaques militaires mortelles et disproportionnées menées par Israël tous les quelques mois – il y a quelques jours à peine pour la plus récente.

Si des pays dotés d’économies puissantes, de systèmes de santé performants et d’une sécurité sociale solide luttent pour résister à la pandémie, quels seront les effets sur Gaza ? L’infection massive et le nombre de morts dont nous avons été témoins en Chine et que nous voyons maintenant en Italie, en Espagne et aux États Unis, ne sont qu’un avant goût de ce qui peut arriver si le virus fait des ravages dans la plus grande prison au monde.

Quand nous pensons au désastre inévitable qui est devant nous, nous craignons aussi que l’indifférence continue de la part du public israélien à l’égard de la situation à Gaza. Mais la crise du COVID-19 offre aussi la possibilité que nous repensions notre réalité, que nous questionnions le sens commun, que nous évaluions le rétrécissement de nos libertés, que nous reformulions nos priorités et que nous soyons solidaires.

C’est pourquoi, nous, un groupe d’Israéliens juifs, avons lancé une campagne indépendante appelée « L’épidémie à Gaza », pour faire prendre conscience et exprimer la solidarité avec les Palestiniens de Gaza. Notre espoir est que dans un moment de crise, quand nous sommes inquiets sur la santé et le bien-être de ceux qui nous sont le plus proches, nous pouvons néanmoins faire une place à la reconnaissance de notre responsabilité dans la réalité qui se présente à quelques kilomètres à peine. Il est de notre devoir de fournir une aide instantanée et, plus important, d’appeler à un changement immédiat de la politique inhumaine d’Israël à l’égard des habitants de Gaza.

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Il apparaît plus clairement chaque jour que la pandémie n’est pas seulement une urgence sanitaire, mais aussi un témoignage de la crise des systèmes de santé et des services sociaux publics. Ce n’étaient ni les chauve-souris en Chine qui ont fait diminuer le nombre de lits d’hôpital en Israël ni les pangolins qui ont fracassé le logement social. Le taux de grande pauvreté en Israël n’a pas été causé par une toux détournée. De même, les dégâts et l’agonie dont Gaza peut maintenant faire l’expérience ne seraient pas le résultat du seul virus mais de la politique d’Israël.

Travailleurs de la santé palestiniens montant des tentes pour l’examen médical de patients suspectés d’être porteurs du coronavirus au passage de Rafah vers l’Égypte dans le sud de la bande de Gaza, 12 mars 2020. (Abed Rahim Khatib/Flash90)

Le professeur Yehia Abed de l’Université Al-Qods de Gaza, spécialiste de santé publique et conseiller au ministère palestinien de la santé sur la pandémie du coronavirus, a participé au séminaire en ligne (webinar) de J Street le 26 mars dans lequel il a traité des efforts des professionnels médicaux à Gaza. Le professeur Abed a souligné l’énormité du fossé existant entre les ressources disponibles en Israël pour combattre la pandémie et ceux disponibles dans la bande de Gaza, comme conséquence de décennies de contrôle et d’oppression.

Il a ensuite déclaré que les Palestiniens de Gaza tiennent Israël responsable de la détérioration de leur système de santé. Ainsi, ils considèrent qu’il est de l’obligation de l’État de fournir les produits médicaux nécessaires pour combattre la pandémie. Ce n’est pas un acte de charité, mais plutôt le devoir d’Israël de fournir cette aide. De même, les organisations de défense des droits humains, dont Médecins pour les Droits Humains – Israël, B’Tselem et Gisha ont insisté sur la responsabilité d’Israël, à la fois moralement et en vertu du droit international, quant à la santé des habitants de Gaza.

« Pourquoi est-ce de notre responsabilité ? » peuvent demander de nombreux Israéliens. Après tout, c’étaient deux Gazaouis de retour du Pakistan via l’Égypte qui ont apporté le virus dans la bande de Gaza – pourquoi, alors, Israël devrait-il être tenu pour responsable ? Or, bien que ce ne soit pas Israël qui ait introduit le COVID-19 à Gaza, Israël est responsable de l’incapacité de la bande de Gaza de combattre efficacement la crise imminente.

Pas seulement une aide immédiate, mais un appel à changer de politique
Nous ne devons pas oublier : la plupart des Palestiniens à Gaza sont des réfugiés de la guerre de 1948, empêchés de retourner chez eux par Israël. C’est la cause profonde de la pauvreté et du surpeuplement de Gaza. Comment est-il possible de garder une « distance de sécurité » et d’éviter des lieux surpeuplés lorsque la densité de population dépasse les 5 000 personnes au kilomètre carré ?
Israël continue à contrôler la plupart des aspects de la vie à Gaza, même après son « désengagement » de l’été 2005. Il contrôle l’espace aérien, les eaux territoriales et tous les passages terrestres sauf Rafah qui est géré par l’Égypte. Il contrôle l’entrée des marchandises à Gaza et limite l’importation d’équipement médical. Il restreint la fourniture d’eau et d’électricité.

Comment est-il possible de maintenir une bonne hygiène quand l’eau est polluée à plus de 95% à Gaza et quand le réseau d’assainissement est en décomposition ? Comment est-il possible de faire fade à une pandémie quand la fourniture de produits de nettoyage et de désinfectants est à peine suffisante et qu’il y a seulement 70 lits de soins intensifs et 60 respirateurs pour une population de plus de deux millions.


Travailleurs palestiniens de la défense civile désinfectant une rue de Rafah dans le sud de la bande de Gaza, le 23 mars 2020, après la confirmation des deux premiers cas de coronavirus à Gaza. (Abed Rahim Khatib/Flash90)

Avec un chômage en croissance et peu de possibilités d’émigrer vers d’autres pays, environ 6 000 Gazaouistravaillent en Israël, majoritairement dans le bâtiment et l’agriculture. Cependant, à cause d’une restriction renforcée des déplacements face à l’apparition du coronavirus, les travailleurs palestiniens de Gaza ne sont plus autorisés à entrer en Israël. Inutile de dire qu’ils ne reçoivent ni aide ni compensation.

Israël a aussi restreint encore davantage les déplacements vers et hors de la bande de Gaza pour les patients qui ont besoin de soins urgents. Cette politique n’a pas changé, alors même que les premiers cas de COVID-19 sont apparus à Gaza. 
La campagne d’urgence que nous avons engagée cette semaine vise à exprimer un soutien direct et à fournir de l’aide pour faire face à la diffusion du coronavirus à Gaza. Mais le but de cette action est aussi d’encourager une solidarité réfléchie qui reconnaisse le déséquilibre du pouvoir entre la bande de Gaza et Israël et qui refuse de normaliser la violence d’Israël ou de réduire sa responsabilité envers la vie et le bien-être de ceux qui sont assiégés à Gaza.

Nous avons été agréablement surpris par la réponse à cette campagne. En trois jours, nous avons atteint notre objectif initial de 20 000 shekels (5 000 €) et nous n’avons que 10 jours de plus pour atteindre notre nouvel objectif de 50 000 shekels (12 700 €). Les fonds seront employés à l’achat de désinfectant pour les mains et d’autres équipements médicaux à transférer à Gaza par Médecins pour les Droits Humains – Israël dès que possible. Nous avons aussi reçu des dizaines de réponses émouvantes, y compris de camarades militants de Gaza.

Dans ces temps de folie, d’incertitude et de souci pour ceux qui nous sont le plus chers, nous voyons une faille s’ouvrir à la compassion et une opportunité d’être solidaires de nos sœurs et frères d’au delà de la barrière frontalière. Nous voulons élargir cette faille. Nous souhaitons nous appuyer sur ce rare moment où se profile la possibilité d’un changement radical pour voir l’ensemble de la situation, identifier l’oppression en cours et œuvrer à améliorer la réalité.

Cette situation ne peut continuer. Israël doit lever le blocus, mettre fin au siège et agir de façon responsable afin de promettre un meilleur avenir à tous les habitants de cette région. La solution durable pour Gaza n’est pas une aide humanitaire ad hoc mais plutôt la libération complète de l’occupation et du siège.

Guy Shalev, Adi Golan Bikhnafo, Hadas Pe’ery et Yaara Benger Alaluf sont les initiateurs de la campagne Epidemic in Gaza עזה במגפה وباء بغزة.

Dr. Yaara Benger Alaluf est histoirenne et militante politique féministe
Hadas Pe’ery est musicien et militant politique.
Adi Golan Bikhnafo est artiste et militant politique.
Dr. Guy Shalev est anthropologue de la santé de la Société Martin Buber des associés à l’Université Hébraïque

Traduction SF pour l’UJFP

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Voir en ligne : l’article originel en anglais sur le site de +972mag

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